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TIÉMOKO ANTOINE ASSALÉ :  » Il y a un ennemi sur le terrain, ce qui se passe a dépassé le cadre politique »

 » Il y a un ennemi sur le terrain. Dans un contexte où plus personne n’écoute personne, rester sur Facebook à gémir ou à implorer Dieu ou lancer des appels au calme que des gens qui s’affrontent sur le terrain ne lisent pas, ne change rien au drame qui se déroule sous nos yeux. I

l faut être sur le terrain pour parler aux uns et aux autres, pour combattre la plus grande menace que sont les rumeurs fabriquées et les fake news.Hier, sans le système d’alerte et destruction des rumeurs que nous avons mis en place ici, le feu de la haine et du conflit inter-communautaire se serait déclenché dans mon propre village.

Les gens ne peuvent même plus aller au champ ou revenir du champ avec leur outil de travail habituel, la machette, sans que quelqu’un, assis quelque part, ne passe un coup de fil pour annoncer une attaque. Je passe maintenant 90% de mon temps sur le terrain, à parler aux uns et aux autres, à démonter les rumeurs fabriquées sciemment par des individus, à réunir tous les leaders locaux pour combattre la méfiance, pour se parler.

Parce que j’ai compris une chose. Certes, il y a une crise politique dans le pays et c’est normal que les militants des partis politiques de tous les bords soient un peu sur les nerfs. Mais la réalité est que, en regardant attentivement ce qui se passe, on s’aperçoit clairement qu’il y a des individus qui ont tout planifié et se sont donnés pour mission d’allumer un conflit inter-communautaire on ne sait dans quels intérêts.

Ce qui se passe a dépassé le cadre politique.

Le pouvoir et l’opposition devraient marquer une pause dans l’escalade et analyser sur le terrain la tournure des événements. L’Etat qui a l’obligation de protéger toutes les populations où qu’elles se trouvent sur le territoire national, doit revoir la doctrine du maintient de l’ordre qui a cours jusqu’à ce jour parce que la menace est maintenant d’une autre nature.

Il y a bien un troisième acteur sur le terrain. Il a des exécutants sur le terrain et des relais sur les réseaux sociaux. Et ce troisième acteur utilise le carburant que sont les discours de haine et de violence des acteurs politiques pour agir.Il est sur le point de réussir si chacun de nous ne désarme pas son cœur et sa bouche pour devenir sur le terrain, un acteur de paix.

Si chacun de nous, leader d’opinion, chef religieux, rois et chefs de village et de communauté, élus locaux, etc, ne se rend pas disponible auprès des populations, nous aurons du mal à éteindre le feu qui nous menace.

TIÉMOKO ANTOINE ASSALÉ, journaliste d’investigations

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