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CPI : Laurent Gbagbo s’en prend à Fatou Bensouda

Dans un reportage publié cette semaine par Paris Match, dont des envoyés spéciaux ont accompagné Laurent Gbagbo et Nady Bamba, de Bruxelles à Abidjan, l’ancien Président donne ses sentiments, sur les accusations de Fatou Bensouda, ex-procureure de la CPI et les traites de plaisanterie. Morceaux choisis.

Désigné comme unique responsable des violences postélectorales, Laurent Gbagbo se retrouve en prison. A Korhogo, dans le nord de la Côte d’Ivoire, puis à la cour pénale internationale de la Haye, accusé d’être le coauteur indirect de crime contre l’humanité. Aux yeux du monde, il est l’homme qui est accroché au pouvoir. Lui conteste la victoire de son adversaire à la présidentielle, se dit victime de cette françafrique qui ne lui aurait jamais pardonné son indocilité.

Il faudra dix ans de procédure, dont sept passé dans la prison de Scheveningen, pour l’innocenter. Pour ses détracteurs et les familles de victimes du camp nordiste, c’est un fiasco judiciaire, celui de la CPI, qui n’a pas su mettre en lumière les vraies responsabilités de l’ancien chef d’Etat. Pour ses soutiens, Laurent Gbagbo est un martyr qui a sus triompher de l’injustice occidentale. Que lui inspira tout cela ? Il sourit largement avant de froncer les sourcils :

« Quand je suis arrivé à la CPI, j’avais peur ! J’ai pensé : bon peut-être qu’il y a des trucs qui se sont faits en mon nom et que je ne savais pas. » Sûr de son effet, l’orateur laisse passer un silence de dix secondes en vous fixant droit dans les yeux : « Mais quand le procureur et son bureau ont commencé à décliner toutes les accusations, j’ai senti qu’il n’y avait rien. C’était de la plaisanterie. À partir de ce moment, j’ai dit à tous mes visiteurs que je rentrerais. »

Dix ans de cette « plaisanterie » ne semble pas avoir brisé l’homme. Alors que le vol SN0299 Bruxelles-Abidjan n’a pas encore décollé, une de ses avocates, Habiba Touré, montre une vidéo qui circule sur les réseaux sociaux: venus en masse l’attendre à l’aéroport d’Abidjan, les partisans de Gbagbo ont été repoussés à coups de gaz lacrymogène.

Cela ne l’étonne pas: « La CPI ayant échoué, ils vont peut-être tenter d’autres manœuvres. Leur répétition ne me rendra pas plus coupable. De la même manière qu’on s’est battus à la CPI, on se battra contre les nouvelles manœuvres. » « Le retour a été un parcours d’embûches tant l’autre camp a voulu tout ralentir », confie l’une de ses proches. Dans l’avion, un supporter braille, tambourinant de joie le plafond : « Dix ans, ça fait dix ans ! Prési, on est avec toi ! » (…) Soudain apparaissent les forêts ivoiriennes, puis la vaste lagune d’Abidjan et ses routes, ses tours, ses quartiers. Sur le tarmac, la foule.

Pas tout à fait celle des grands jours, tant le pouvoir a veillé à ne pas offrir au miraculé un retour triomphal. La ferveur est palpable : même les policiers et le personnel de bord ne peuvent retenir d’immenses sourires. La plupart oublient leur fonction pour se saisir de leur téléphone et filmer. Laurent Gbagbo qui serre la main de Nady tente de se frayer un passage dans cette marée humaine de plus en plus compacte. «Assez!» crie-t-elle à un moment.

Geste longtemps retenu, Laurent Gbagbo, lui, lève le poing. Les hourras fusent. Des femmes se signent (…) Simone Gbagbo, l’ancienne épouse, est là aussi. Discrètement, elle s’avance. Dix ans qu’elle n’a pas revu le père de ses enfants. L’opposition politique, l’exil, les ors de la République et même la prison de Korhogo, ensemble, ils ont tout traversé. La voici qui tend une main qu’il ne saisit pas. Ils se murmurent à l’oreille des mots que nul n’entendra.

Bientôt la presse d’opposition se régalera d’avoir vu Laurent Gbagbo l’éconduire d’une main agacée, tandis que sa nouvelle compagne détourne le regard. « Oh honte ! Comment il a humilié Simone! » titre le lendemain « Le Patriote », journal proche de l’actuel pouvoir. Gbagbo s’engouffre dans une voiture dont il ne sortira plus, acclamé sur la route par des milliers d’Abidjanais. Dans la capitale et les régions du Sud et de l’Ouest, d’où il est originaire, l’ex-président reste très populaire.

Parmi ses supporters, beaucoup se disent « ivoiriens » avant tout, pour se distinguer du président Ouattara, qu’ils continuent de taxer d’« étranger ». « Moi, je suis né en 1960, je suis Ivoirienne, Alassane tu es venu en Côte d’Ivoire en 1981 et tu as tout cassé! » affirme une dame très remontée. Les vieux clichés ethniques fratricides n’ont pas disparu (…) Son vrai retour, il l’opère deux jours plus tard, à la cathédrale Saint-Paul, sur les hauteurs de la ville. Sa présence en ce haut lieu du catholicisme est un symbole.

Elle marque sa rupture avec la petite église évangélique Shekinah Glory Ministries, du pasteur Moïse Koré, qu’il fréquentait au temps de son règne, avec son épouse Simone si souvent critiquée. La cérémonie mêle le rite romain et les gospels enflammés. À la fin du sermon, roulements de tambour, le cardinal appelle Ggagbo. « Après un petit tour chez les évangéliques, Laurent Gbagbo dit : « Je reviens”! » annonce le prélat.

L’assistance exulte, les chants reprennent de plus belle tandis que l’ancien président, rentré dans le rang, regagne sa place en esquissant un petit pas de danse. Le lendemain, un communiqué très succinct tombe: « M. Laurent Gbagbo annonce qu’en raison du refus réitéré depuis des années de dame Simone Ehivet de consentir à une séparation à l’amiable […], il s’est résolu à saisir le juge des affaires matrimoniales… » En trois jours, le revenant a tiré un trait sur ce passé qui obstruait sont avenir. Preuve qu’il n’a rien perdu de son adresse.

Afriksoir

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